Payer des travaux et s'assurer que la garantie décennale est bien en place sont deux actes qui sont intimement liés. En France, un artisan ne peut légalement commencer des travaux de construction sans avoir souscrit une RC décennale. Pourtant, de nombreux particuliers et professionnels règlent des factures sans jamais contrôler cette obligation. Résultat : en cas de sinistre, ils se retrouvent seuls face aux réparations. Voici comment éviter ce piège, étape par étape.
Garantie décennale et paiement des travaux : quel est le lien ?
La garantie décennale court pendant 10 ans à compter de la réception des travaux — c'est-à-dire l'acte formel par lequel vous acceptez le chantier. Ce moment est clé : c'est lui qui déclenche les trois garanties post-réception (parfait achèvement, bon fonctionnement, décennale) et qui fixe le point de départ de la responsabilité de l'artisan.
Or, la réception coïncide souvent avec le dernier paiement. C'est donc le pire moment pour découvrir que votre artisan n'est pas assuré.
Pourquoi vérifier l'attestation avant de payer ?
L'attestation d'assurance décennale est le seul document qui prouve que l'artisan est couvert. Elle mentionne :
- le nom de l'assuré et le numéro SIRET,
- l'assureur et le numéro de contrat,
- les activités couvertes (lot par lot),
- la période de validité.
Si vous payez sans ce document, vous n'avez aucune garantie qu'un sinistre futur sera pris en charge. L'artisan peut cesser son activité, disparaître, ou simplement ne jamais avoir souscrit.
> Bon réflexe : demandez l'attestation dès la signature du devis, et vérifiez qu'elle est valide à la date d'ouverture du chantier.
Retenue de garantie : un outil légal souvent mal compris
Ce qu'est la retenue de garantie (et ce qu'elle n'est pas)
La retenue de garantie (RTG) est un mécanisme légal issu de la loi du 16 juillet 1971 : elle permet au maître d'ouvrage de retenir 5 % du montant du marché sur le paiement final, pendant une durée maximale d'un an après la réception (soit pendant toute la période de la garantie de parfait achèvement).
Son objectif est de contraindre l'artisan à corriger les défauts signalés à la réception ou dans l'année qui suit.
Ce que la retenue de garantie n'est PAS :
- Ce n'est pas une assurance : elle ne couvre pas les désordres graves des 10 ans qui suivent.
- Elle ne remplace pas la RC Décennale.
- Elle ne protège pas contre l'insolvabilité de l'artisan.
La RTG et la garantie décennale sont deux dispositifs complémentaires, qui couvrent des risques distincts sur des durées différentes.
L'artisan peut-il remplacer la retenue par une caution bancaire ?
Oui. L'artisan peut proposer une caution de retenue de garantie fournie par un établissement financier ou une compagnie d'assurance. Cela lui permet de percevoir l'intégralité du marché dès la réception. En tant que maître d'ouvrage, vous pouvez l'accepter — à condition que la caution soit bien émise avant la libération des fonds, et non après.
Payer un artisan sans décennale : quels risques concrets ?
Pour le maître d'ouvrage
Si vous payez un artisan qui n'a pas de RC décennale, vous prenez un risque financier majeur. En cas de sinistre (fissures structurelles, infiltrations graves, effondrement partiel), l'artisan devra répondre sur son patrimoine personnel. Mais si ce dernier est insolvable ou a cessé son activité, vous n'obtiendrez probablement rien.
Pire : certains maîtres d'ouvrage se retrouvent à financer eux-mêmes les travaux de reprise, sans recours effectif.
Pour l'artisan
Un artisan qui exerce sans RC décennale s'expose à des sanctions pénales pouvant aller jusqu'à 75 000 € d'amende et 6 mois d'emprisonnement, en application de l'article L.243-3 du Code des assurances. Ces montants sont des maximums légaux, non automatiques, mais le risque existe.
Il s'expose aussi à sa responsabilité personnelle sur l'ensemble de ses biens en cas de sinistre non couvert. Pour en savoir plus sur les obligations légales du constructeur en France, consultez notre article dédié.
Pour les sous-traitants
Le sous-traitant est lui aussi réputé constructeur : s'il intervient sur un ouvrage et qu'il n'est pas assuré, il est personnellement responsable des dommages décennaux liés à sa partie de travaux. Le fait que l'entreprise principale soit assurée ne le couvre pas automatiquement.
Comment vérifier l'attestation décennale d'un artisan ?
Voici la marche à suivre, simple et rapide :
- Demandez l'attestation avant la signature du contrat. C'est une obligation légale pour l'artisan (art. L.241-1 du Code des assurances).
- Vérifiez la date de validité. L'attestation doit être en cours de validité au début du chantier, pas seulement à la date de signature.
- Vérifiez les activités couvertes. Un couvreur dont le contrat ne mentionne pas « étanchéité toiture-terrasse » n'est pas couvert pour cette prestation, même s'il l'exécute.
- Contrôlez le SIRET. Il doit correspondre à l'entreprise qui vous facture, pas à une autre entité.
- En cas de doute, contactez l'assureur. L'attestation mentionne le nom et les coordonnées de la compagnie : vous pouvez appeler pour confirmer la validité du contrat.
Réception des travaux et paiement : le bon calendrier
Un calendrier bien organisé vous protège à toutes les étapes :
- Avant le chantier : demandez et archivez l'attestation décennale.
- À la réception : rédigez un procès-verbal (PV) de réception mentionnant les éventuelles réserves. Ne signez pas sans PV écrit.
- Paiement du solde : versez les 95 % restants (si vous avez appliqué la RTG) après réception sans réserve, ou après levée des réserves. Gardez l'attestation avec votre PV dans vos archives.
- Pendant l'année de GPA : signalez par écrit tout défaut apparu après réception.
- Pendant 10 ans : conservez votre PV et l'attestation : ce sont vos preuves en cas de sinistre.
Pour mieux comprendre ce que couvre exactement la garantie décennale et ce qui reste exclu, notre guide complet fait le point sur chaque type de désordre.
Cas particulier : les auto-entrepreneurs et les petits chantiers
L'obligation de RC décennale s'applique quelle que soit la forme juridique de l'artisan. Un auto-entrepreneur qui pose du carrelage, installe des menuiseries extérieures ou réalise un ravalement de façade est soumis aux mêmes règles qu'une PME du bâtiment. Ne partez pas du principe qu'un petit artisan est forcément assuré — ni qu'il ne l'est pas : vérifiez toujours.
Pour en savoir plus sur les spécificités de ce statut, notre article sur l'assurance décennale pour auto-entrepreneurs BTP détaille les points de vigilance.
Ce que Partner Construction peut faire pour vous
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Sources
- Article L.243-3 du Code des assurances — Legifrance
- Article L.241-1 du Code des assurances — Legifrance
- Loi du 16 juillet 1971 sur la retenue de garantie — Legifrance
- Garantie décennale et assurances construction — service-public.fr



