Le cadre réglementaire de la facturation électronique est désormais complet. Le décret n° 2026-677 et l'arrêté du 27 juillet 2026, publiés au *Journal officiel*, ont finalisé le dispositif — soit un mois tout juste avant la première échéance. Pour les artisans et entreprises du BTP, l'heure n'est plus aux questions de principe : il faut agir.
Mais au-delà de la contrainte administrative, cette réforme a une conséquence plus discrète et pourtant très concrète : elle rend votre chiffre d'affaires réel bien plus visible. Et la tarification de votre assurance décennale repose précisément sur ce chiffre d'affaires déclaré.
Ce que la réforme impose concrètement aux artisans BTP
La loi n° 2026-103 du 19 février 2026 (loi de finances pour 2026, art. 123) a durci les sanctions et précisé les obligations. Deux dates structurent le calendrier :
- 1er septembre 2026 : toutes les entreprises assujetties à la TVA — artisans, TPE, PME, entreprises individuelles — doivent être en capacité de recevoir des factures électroniques via une plateforme agréée, quelle que soit leur taille.
- 1er septembre 2027 : les TPE/PME et micro-entreprises devront également émettre leurs factures au format électronique.
La FFB le rappelle fermement : beaucoup d'artisans ignorent encore qu'un PDF envoyé par e-mail ne constitue pas une facture électronique au sens de cette réforme. Seul un format structuré transmis via une plateforme agréée est valable.
Le pilote national de la DGFiP est opérationnel depuis le 27 février 2026 : de vraies factures sont échangées en conditions réelles entre entreprises. Le calendrier est confirmé, le cadre est complet.
Des sanctions significativement alourdies
La loi de finances 2026 a revu les pénalités à la hausse :
- 50 € par facture non conforme (contre 15 € auparavant), plafonné à 15 000 € par an ;
- 500 € par manquement au défaut d'e-reporting (transmission des données de transaction à la DGFiP) ;
- Absence de plateforme agréée : mise en demeure, puis 500 €, portée à 1 000 € par trimestre de non-conformité persistante.
Ce ne sont pas des montants symboliques. Pour un artisan qui émet plusieurs dizaines de factures par mois, l'addition peut rapidement devenir douloureuse.
Le lien direct avec votre assurance décennale
C'est ici que la réforme prend une dimension que peu d'artisans anticipent. La RC décennale est tarifée sur la base du chiffre d'affaires déclaré à l'assureur. Plus ce chiffre est élevé, plus la prime est ajustée en conséquence — et inversement.
La généralisation de la facturation électronique va mécaniquement rendre votre chiffre d'affaires réel beaucoup plus lisible et vérifiable par l'administration fiscale. Les assureurs, lors des ajustements annuels de prime ou en cas de déclaration de sinistre, disposent déjà de mécanismes pour croiser les données déclarées. Cette transparence fiscale accrue ne peut qu'accentuer ce contrôle.
Le risque de la règle proportionnelle
Un artisan dont le chiffre d'affaires réel serait supérieur au chiffre déclaré dans son contrat décennal s'expose à deux conséquences bien distinctes :
- La règle proportionnelle (art. L. 113-9 du Code des assurances) : en cas de sinistre, l'indemnisation est réduite dans la même proportion que l'écart entre la prime payée et celle qui aurait dû l'être. Concrètement, si vous avez déclaré 200 000 € de CA mais en avez réalisé 300 000 €, votre indemnisation peut être réduite d'un tiers.
- La nullité du contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle (art. L. 113-8 du Code des assurances) : dans ce cas, l'assureur peut refuser toute indemnisation et conserver les primes perçues.
Ces situations ne résultent pas toujours d'une mauvaise foi : beaucoup d'artisans oublient de déclarer leur CA en fin d'exercice, ou sous-estiment leur activité au moment de la souscription. La réforme de la facturation électronique rend simplement ce décalage beaucoup plus difficile à ignorer — pour l'artisan comme pour l'assureur.
Pour comprendre comment les signaux du marché affectent déjà les contrats décennaux, notre article sur le bilan des assureurs BTP 2025 donne un éclairage utile.
Ce qu'il faut vérifier dans votre contrat décennal avant le 1er septembre 2026
Cette échéance est une opportunité concrète de faire le point. Voici les vérifications essentielles :
- Le chiffre d'affaires déclaré correspond-il à votre activité réelle des 12 derniers mois ?
- Les activités déclarées dans votre contrat couvrent-elles bien tout ce que vous facturez aujourd'hui ? Si vous avez élargi vos prestations (nouveau corps de métier, nouvelles techniques), vérifiez que le libellé du contrat suit — notre outil nomenclature des activités BTP peut vous aider à identifier les bons libellés.
- Avez-vous effectué votre régularisation annuelle de prime, si votre contrat le prévoit ?
Si vous avez un doute sur la validité ou le périmètre de votre attestation, vous pouvez également déposer votre document sur notre outil de vérification d'attestation décennale pour un contrôle rapide des mentions obligatoires.
Fraudes, vigilance et choix de la plateforme agréée
La multiplication des plateformes et la nouveauté du dispositif créent un terreau favorable aux arnaques. Des offres proposant des solutions de facturation électronique sans véritable agrément de la DGFiP circulent déjà dans les réseaux BTP. On retrouve le même schéma que dans les alertes récurrentes sur les faux contrats décennaux — comme l'illustre notre article sur les alertes fraude décennale et le registre REGAFI.
Avant de choisir votre plateforme de dématérialisation partenaire (PDP), vérifiez qu'elle figure bien sur la liste publiée par la DGFiP. Une plateforme non agréée ne décharge pas l'entreprise de ses obligations légales.
Ce que ça ne change pas : l'obligation décennale reste la même
La réforme de la facturation électronique n'affecte en rien les fondements de l'obligation d'assurance décennale. L'art. L. 241-1 du Code des assurances impose toujours à tout constructeur d'être couvert avant l'ouverture du chantier. Les sanctions prévues à l'art. L. 243-3 du même code restent inchangées : jusqu'à 75 000 € d'amende et jusqu'à 6 mois d'emprisonnement en cas d'absence de couverture.
Ce que la réforme change, c'est le niveau de transparence avec lequel votre activité sera désormais tracée. Et c'est précisément ce contexte qui rend urgent de s'assurer que votre déclaration de CA est juste.
Notre analyse du marché de l'assurance décennale sous tension montre que les ajustements de prime sont déjà plus fréquents — une raison supplémentaire de ne pas laisser un écart s'installer entre le CA déclaré et le CA réel.
Ce qu'il faut faire maintenant
- Avant le 1er septembre 2026 : choisir une plateforme agréée et s'y inscrire pour pouvoir recevoir des factures électroniques.
- Dans la foulée : vérifier que le CA déclaré dans votre contrat décennal correspond bien à votre activité réelle.
- Si un écart existe : contacter votre courtier pour régulariser — une régularisation volontaire est toujours préférable à une découverte en cours de sinistre.
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Vous souhaitez vérifier que votre contrat décennal est bien calibré sur votre chiffre d'affaires réel ? Un courtier spécialisé peut comparer plusieurs assureurs et vous aider à ajuster votre couverture sans surprise.






