Les bilans 2025 de deux piliers de l'assurance construction viennent de tomber. L'Auxiliaire, publié le 4 mai 2026, et SMABTP, publié le 29 mai 2026, livrent un message convergent sur l'actualité assurance décennale BTP : le marché progresse en volume, mais reste sous pression sur le plan technique. Pour les artisans et entreprises du BTP, ces chiffres ne sont pas de simples données comptables — ils annoncent des conséquences directes sur leurs conditions de couverture.
Ce que disent les chiffres 2025 : un état des lieux de l'assurance décennale BTP
L'Auxiliaire : un bénéfice triplé, mais un résultat technique négatif
L'Auxiliaire affiche un chiffre d'affaires de 281 M€ en 2025, en hausse de 6 %, avec un résultat net de près de 10 M€ — environ trois fois celui de 2024. Une progression nettement supérieure à la croissance du marché de l'assurance décennale dans son ensemble, estimée à seulement 1 à 2 % sur la même période.
Pourtant, Jérémie Garrot, directeur général de L'Auxiliaire, l'admet sans détour : « Notre résultat technique est légèrement négatif. » L'assureur justifie ce déséquilibre par des provisions de sécurité prises dans un contexte sectoriel BTP tendu, et son ratio de solvabilité SCR recule à 171 %.
Par choix mutualiste, L'Auxiliaire a limité la hausse socle de ses primes à 2 %, tout en consacrant près de 90 % de son chiffre d'affaires à l'indemnisation et au provisionnement des sinistres. L'assureur a par ailleurs annoncé un plan de transformation ambitieux à horizon 2035.
SMABTP : +12 % de chiffre d'affaires, mais un bénéfice en repli
SMABTP affiche de son côté un chiffre d'affaires dépassant 6 Md€, soit +12 % en un an. Mais son résultat net ressort à 212 M€, en repli de près de 15 % par rapport à 2024 — dans un contexte de crise du secteur BTP et de hausse de la charge de sinistres.
La tendance est claire : les volumes progressent, mais les résultats techniques ne suivent pas. Ce déséquilibre structurel caractérise le marché depuis plusieurs exercices.
Pourquoi ce déséquilibre technique concerne directement les artisans
Un résultat technique négatif signifie, concrètement, que les primes encaissées ne couvrent pas encore pleinement le coût des sinistres gérés. Comme l'illustre notre analyse sur la tension du marché de l'assurance décennale, ce phénomène n'est pas nouveau — mais les bilans 2025 en confirment la persistance.
Pour un artisan, cela se traduit par trois réalités concrètes.
1. Une sélectivité accrue à la souscription
Quand les assureurs provisionnent plus qu'ils n'encaissent, ils resserrent leurs critères d'acceptation. Un dossier incomplet, une activité mal déclarée ou un historique sinistré peut conduire à un refus ou à une surprime significative. Ce n'est pas un caprice tarifaire : c'est le reflet direct d'une sinistralité lourde dans le secteur.
2. Des hausses de primes qui reflètent la réalité des coûts
La décision de L'Auxiliaire de limiter la hausse à 2 % relève d'un choix mutualiste. D'autres acteurs du marché n'ont pas les mêmes contraintes. Dans un marché sous tension, les hausses s'expliquent avant tout par la progression des coûts de réparation et le rallongement des délais de règlement des sinistres.
3. Un contexte de marché qui récompense les dossiers bien construits
Dans un marché où même les leaders peinent à trouver leur équilibre technique, présenter son risque de façon optimale devient déterminant. Les certifications (Qualibat, RGE), les références chantier, le respect des règles de l'art — ces éléments pèsent concrètement dans la décision d'un assureur.
Ce que ça change dans la pratique pour votre souscription
Le marché de l'assurance construction n'est pas uniforme. Certains assureurs se retirent de certains segments — comme l'illustre le cas QBE — tandis que d'autres, comme L'Auxiliaire ou SMABTP, renforcent leurs positions mais avec une sélectivité accrue.
Pour un artisan qui souscrit ou renouvelle sa RC décennale, voici ce qui compte désormais :
- La complétude du dossier : déclaration précise des activités réalisées, chiffre d'affaires exact, historique sinistralité transparent.
- La cohérence entre activités déclarées et activités réelles : une activité non déclarée à l'assureur peut constituer une cause d'exclusion de garantie en cas de sinistre.
- Les qualifications et certifications : elles signalent à l'assureur un professionnel qui respecte les règles de l'art.
- L'anticipation : ne pas attendre la dernière minute pour renouveler ou changer d'assureur, surtout dans un marché où les délais de traitement s'allongent.
Un signal à ne pas ignorer
Les bilans 2025 de L'Auxiliaire et de SMABTP ne sont pas de simples communiqués de presse. Ils confirment que le marché de l'assurance construction traverse une phase de rééquilibrage durable. Pour les artisans, cela signifie qu'une couverture décennale solide — et bien souscrite — est plus précieuse que jamais.
Se faire accompagner par un courtier spécialisé prend ici tout son sens : dans un marché sélectif, mettre en concurrence plusieurs assureurs et présenter un dossier optimisé fait une vraie différence, tant sur l'acceptation que sur le rapport garanties/prix.





