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Jurisprudence de la construction

Incendie électrique : la Cour de cassation allège la preuve du maître d'ouvrage (11 septembre 2025)

Laurent Chantrel
Expert assurance BTP
3 min de lecture
Incendie électrique : la Cour de cassation allège la preuve du maître d'ouvrage (11 septembre 2025)
En résumé

Le 11 septembre 2025, la Cour de cassation juge qu'il suffit d'établir qu'un dommage ne peut être exclu de la sphère d'intervention d'un artisan pour engager sa garantie décennale, même si la cause exacte du sinistre reste incertaine.

Points clés
  • Le 11 septembre 2025, la Cour de cassation censure une cour d'appel qui exigeait du maître d'ouvrage une preuve trop stricte du lien entre les travaux électriques et un incendie survenu après réception.
  • Il suffit d'établir que le dommage ne peut être exclu de la sphère d'intervention de l'artisan poursuivi, compte tenu de sa nature ou de sa localisation, pour faire jouer la présomption décennale.
  • Une fois cette imputabilité établie, l'incertitude sur la cause exacte du désordre ne permet plus d'écarter la présomption : c'est à l'artisan de prouver une cause étrangère pour s'exonérer.
  • L'affaire est renvoyée devant la cour d'appel de Toulouse, qui devra rejuger sur ces bases.

Les faits : un incendie quelques mois après réception

M. [P] [O] avait fait réaliser des travaux électriques par un électricien pour la construction de sa maison. Les travaux ont été réceptionnés le 31 juillet 2014. Le 9 décembre 2014, la maison a été détruite par un incendie. Après expertise, le propriétaire et son assureur multirisque habitation ont assigné l'électricien et son assureur en indemnisation sur le fondement de la garantie décennale.

La cour d'appel avait rejeté la demande, considérant que la preuve du lien entre les travaux électriques et l'incendie n'était pas suffisamment rapportée. C'est cette décision que la Cour de cassation censure partiellement le 11 septembre 2025 (3e chambre civile, pourvoi n° 24-10.139, publié au bulletin), renvoyant l'affaire devant la cour d'appel de Toulouse.

Ce que la Cour de cassation tranche

Une preuve allégée pour le maître d'ouvrage

La Cour pose une règle claire : il suffit au maître d'ouvrage d'établir que le dommage ne peut être exclu de la sphère d'intervention de l'artisan poursuivi, compte tenu de la nature ou de la localisation du désordre. Il n'a pas à démontrer la cause technique exacte du sinistre. Dans cette affaire, la proximité du départ de feu avec l'installation électrique posée par l'artisan suffisait à ouvrir cette présomption.

L'incertitude ne profite plus à l'artisan

La cour d'appel avait considéré que l'incertitude sur la cause précise de l'incendie empêchait de retenir la responsabilité de l'électricien. La Cour de cassation censure ce raisonnement : une fois l'imputabilité établie selon les critères ci-dessus, la présomption de responsabilité décennale ne peut plus être écartée au seul motif que la cause du désordre reste incertaine ou inconnue. C'est désormais à l'artisan de renverser cette présomption.

Ce qui reste à la charge de l'artisan

L'artisan poursuivi conserve un moyen de défense : prouver que le dommage provient d'une cause étrangère à son intervention. Ce n'est pas à celui qui subit le dommage de démontrer la cause exacte du sinistre ; c'est à l'artisan de démontrer qu'une cause qui lui est extérieure explique le dommage.

Ce que cela change concrètement pour les artisans

Cet arrêt déplace le curseur de la preuve en faveur du maître d'ouvrage sur un point précis : l'absence de certitude scientifique sur la cause d'un sinistre ne protège plus l'artisan dont l'intervention est plausiblement en cause. Documenter ses interventions (photos avant/après, attestations de conformité aux normes en vigueur, respect de l'habilitation électrique requise) devient d'autant plus utile que c'est sur ce terrain que se jouera désormais la défense, plutôt que sur la contestation du lien de causalité lui-même.

Ce que la décision ne dit pas

Elle n'instaure pas une présomption automatique et irréfragable

La Cour ne dit pas que tout sinistre survenu près d'une installation électrique engage automatiquement son poseur. Elle dit que l'imputabilité, une fois établie par la nature ou la localisation du désordre, ne peut plus être écartée au seul motif d'une incertitude technique. L'artisan garde la possibilité de prouver une cause étrangère.

Elle ne dispense pas de caractériser le désordre décennal

La destruction totale d'un bâtiment par le feu n'était pas discutée comme relevant de la garantie décennale dans cette affaire : la question portait uniquement sur la preuve de l'imputabilité, pas sur la nature décennale du dommage lui-même.

Elle ne préjuge pas de l'issue du renvoi

La cour d'appel de Toulouse devra rejuger l'affaire sur ces bases. Rien ne dit par avance si l'électricien parviendra ou non à démontrer une cause étrangère au sinistre.

Ce qu'il faut vérifier dans son assurance décennale

Un incendie d'origine électrique peut engager des montants d'indemnisation élevés (destruction totale du bien). Vérifier que son contrat de décennale couvre bien l'ensemble des activités réellement exercées, sans exclusion mal identifiée sur les travaux d'installation électrique, reste la meilleure protection face à ce type de sinistre.

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Questions fréquentes

Faut-il connaître la cause exacte d'un incendie pour engager la garantie décennale de l'électricien ?

Non. Depuis cet arrêt, il suffit d'établir que le dommage ne peut être exclu de la sphère d'intervention de l'artisan compte tenu de sa nature ou de sa localisation (par exemple un départ de feu près du tableau électrique qu'il a posé). L'incertitude sur la cause technique précise ne suffit plus à écarter sa responsabilité.

Un électricien peut-il encore se défendre après cet arrêt ?

Oui. Une fois l'imputabilité établie, il lui reste la possibilité de prouver que le dommage provient d'une cause étrangère à son intervention (par exemple un défaut d'un appareil tiers, une intervention ultérieure d'un autre corps de métier, ou un mauvais usage par l'occupant).

Cette décision concerne-t-elle uniquement les électriciens ?

Le principe (imputabilité établie par la nature ou la localisation du désordre, sans preuve de la cause exacte) est un principe général de la garantie décennale, applicable à tout corps de métier dont l'intervention peut être mise en cause.

Que doit vérifier un artisan pour se prémunir contre ce type de litige ?

Documenter précisément ses interventions (photos, attestations de conformité, respect des normes en vigueur) et vérifier que son assurance décennale couvre bien son activité réelle, y compris les risques d'incendie liés à ses installations.

Que risque un maître d'ouvrage si l'expertise ne détermine pas la cause exacte du sinistre ?

Grâce à cet arrêt, l'absence de certitude technique sur la cause exacte n'est plus un obstacle : il doit seulement démontrer que le dommage ne peut être exclu du champ d'intervention de l'artisan poursuivi.

Cet arrêt s'applique-t-il à un sinistre déjà en cours d'expertise ?

La portée d'une décision de la Cour de cassation sur un litige en cours dépend des circonstances propres à chaque dossier. Il est recommandé d'en parler avec l'expert ou l'avocat en charge du dossier.

Sources & références

  • Cour de cassation, 3e chambre civile, 11 septembre 2025, pourvoi n° 24-10.139, publié au bulletin (ECLI:FR:CCASS:2025:C300398)Légifrance
  • La garantie décennale de l'article 1792 du Code civil couvre les dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destinationLEGI:1792
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